Les lieux de tournage

Le point de vue du film est celui du contrôle des droits fondamentaux.

Maison d’arrêt de Versailles
54 personnes détenues pour 76 places. 60% des femmes détenues sont en attente d’un jugement. Les autres purgent des peines de moins de 2 ans. Octobre 2010. Premier tournage. Versailles : une petite maison d’arrêt de femmes (54 détenues pour 76 places) où le contrôle a déjà fait une première visite. Des courriers alertent le contrôleur général sur des traitements inégaux entre détenues. L’enquête du contrôle va révéler que le directeur de la prison a des « favorites ». Pendant la semaine de présence des contrôleurs, nous ne verrons pas le fameux directeur. Tout au long du tournage nous sentons que, petit à petit, dans la maison d’arrêt, les langues se délient. Le contrôle va choisir de voir toutes les détenues et une grande partie du personnel. Jean-Marie Delarue est présent. Cette maison d’arrêt est atypique, ancienne, petite, à taille humaine. Elle abrite
un des tout nouveau centres d’appels. Toutes les détenues ou presque travaillent, ce qui ne reflète pas du tout la réalité des prisons françaises. Le centre d’appel téléphonique a été inauguré en grande pompe par la ministre. C’est une vitrine ! On va découvrir au fil des entretiens les conditions de travail et de salaires dans les prisons françaises. Les salaires varient entre 1,67€ et 2,18€ de l’heure et fluctuent au gré des commandes. Les garanties habituelles du droit du travail sont ici inexistantes.

Hôpital psychiatrique de la Navarre à Évreux
273 patients. Un tiers d'entre eux sont hospitalisés contre leur gré. L’hôpital est bien entendu avant tout un lieu de soins. Mais il n’en est pas moins un lieu de contraintes. A Evreux, 30 % des hospitalisations sont contraintes : hospitalisation d’office ou hospitalisation à la demande d’un tiers. Il existe aussi 16 chambres d’isolement. A ce titre, il est nécessaire de contrôler la façon dont les hospitalisations d’office sont prises ou levées (ou pas) par un préfet, par exemple. De vérifier, si les mises à l’isolement, l’utilisation de la contention ne sont pas abusives. De voir comment on traite les détenus soignés à l’hôpital. Ils sont à l’isolement strict. Ne pouvant ni sortir de la chambre ni recevoir de visite ou téléphoner ni même regarder la télévision. Ils préfèrent en général très vite repartir en prison ! Il est essentiel aussi de vérifier si des activités sont proposées aux patients ou s’ils végètent. Nous avons donc suivi les contrôleurs plongés dans les registres afin de vérifier si un médecin a bien fait un certificat pour l’hospitalisation d’office, par exemple. Ce qui n’est pas toujours le cas.

Centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse
Établissement ouvert en février 2010. En décembre 2010, au moment du tournage, 592 personnes détenues pour 690 places sont réparties entre la maison et le centre de détention. La prison a été construite en février 2010. « Ce n’est pas là qu’il faut filmer. Ici c’est tout neuf » lance un détenu entravé à son arrivée dans la prison. Lui aussi doit penser que c’est une prison «quatre étoiles». Il n’en est rien. La télévision payée 15 € et la douche en cellule ne parviennent pas à cacher l’inhumanité des lieux. L’abandon des hommes est ici sans égal. Couloirs vides, cellules fermées, solitude et désespoir sont plus épais qu’ailleurs. 50 à 60 % des détenus avalent des médicaments « pour l’inactivité » dit l’un d’entre eux. Cours de béton sans un banc, architecture glaciale. Un (très jeune) surveillant pour 60 détenus à l’étage. Ici, pas de temps à perdre en dialogues inutiles. La cour de promenade du quartier d’isolement a beau être vert vif, elle n’en est pas moins glaçante. Comme le reste de la prison. Les contrôleurs déambulent dans des couloirs jaune vif, ou bleu... Rien n’y fait. Les couleurs ne masquent pas la solitude. Le tournage a eu lieu dans la partie maison d’arrêt. Là, la plupart des détenus sont prévenus et les autres purgent des peines de moins de deux ans.

Centrale de Saint-Martin de Ré
Ici les peines sont très longues: une trentaine de détenus est condamnée à perpétuité et une cinquantaine d’autres à trente ans de prison. L’un d’entre eux, qui a été condamné en 1980 pour un braquage ayant entraîné la mort, raconte sa désespérance à un contrôleur. A 51 ans, il est toujours là. A l’isolement, parce qu’il ne supporte plus la détention. Pour lui, comme pour 70 % des hommes de la centrale, pas de parloirs. Oubliés parmi les oubliés. Le gamin de banlieue analphabète condamné par la Cour d’assises en 1980 est si loin. Pourtant c’est le même homme. Un autre hurle au contrôleur de leur dire qu’ « on ne peut pas condamner un homme à vingt-cinq ans de prison et espérer qu’il sorte meilleur ! Dites- leur : Vous fabriquez des fauves ! »